Curtis dans la langue de Pouchkine, de Nicolas Texier

Nicolas Texier nous invite à suivre l’histoire de Curtis Alexander Brown, un jeune noir américain.

Très tôt pris sous l’aile de Popenko, exilé Russe et dont la domestique n’est autre que la mère de Curtis, le jeune homme se prend de passion pourla littérature russe, qu’il découvre dans la bibliothèque très fournie de M. Popenko. Le récit, écrit par la sœur de Curtis, mêle l’amour de Curtis pour la littérature russe, mais également sa solitude, le tout dans une atmosphère d’une Amérique ségrégationniste et anti-communiste.

Les personnages sont psychologiquement très profonds, et la narration faite du point de vue de la sœur est particulièrement agréable, sans perdre en précision. Les images peintes par le récit sont très fortes, bien documentées, et l’auteur décrit à merveille l’atmosphère qui a pu être celle qui régnait dans l’Amérique des années 50, vue des yeux d’une jeune noire américaine. L’histoire est parfaitement huilée, et nous brillamment en haleine pendant 400 pages, à chacune desquelles un nouvel élément intervient, ce qui rend ce récit particulièrement riche.

Nicolas Texier signe ici un récit à la fois puissant, documenté et haletant, ce qui en fait, à n’en pas douter, un des romans phare de l’année.

RT

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Le roman nous fait voyager des Etats-Unis à l’URSS en passant par le Ghana, entre 1950 et 1980.

Le personnage principal est un noir, américain, parlant russe. Autant dire qu’il y avait de quoi faire, entre les droits civiques, l’anticommunisme, le non-alignement, puis la terreur stalinienne… Une écriture touffue, presque érudite, en tout cas très renseignée, retrace l’histoire de Curtis Alexander Brown. Elle aborde tous ces sujets, plus les problématiques de l’exil, de l’amitié, de l’amour. Mais, outre les nombreux et passionnants éléments historiques et romanesques, il semble que le sujet réel soit  la naissance et le développement d’une passion pour la littérature, passion qui se mue en besoin d’écrire – quelques soient les implications, les risques, politiques d’une telle démarche.
Beaucoup d’informations, de détails, de sentiments. Résultat : Les actions se développent lentement, prennent leur temps, s’étirent rondement comme un chat qui s’éveille. On se perd parfois un peu, mais c’est délicieux.

Pour parler du livre de Nicolas Texier, nous pourrions en fait le citer : «  Une phrase appelait l’autre et le plaisir de la lecture [ a été ] intense, comme si le texte [ nous ] soulageait enfin de la frustration qu’il [ nous ] arrivait de ressentir avec les romans qui, après quelques pages prometteuses […] s’égaraient dans des situations absurdes, des personnages inconsistants ou des dialogues factices ».

 EM