Du plomb dans le Cassetin, de Jean-Baptiste Maugiron

« Cassetin ». Ce mot fleure le temps de la France ouvrière, celle où l’on est syndiqué à tendance communiste ou anarchiste selon le corps de métier, celle où l’on dit qu’on « débauche » pour finir la journée de travail, celle où l’on collectionne les trains électriques en se rêvant conducteurs. Une France aux accents des Tonton Flingueurs.

Victor en est le représentant avec son verbe fleuri, son œil dans les seins de Chantal plutôt que sur les fautes des nécrologies dont il est correcteur et sa langue tapissée du petit verre de rouge qu’il ne se refuse jamais. Tellement représentant que le journal syndicat Le Marbre lui propose d’écrire un article sur sa condition. Et c’est plutôt laborieux pour celui qui corrige plus qu’il n’écrit. « Je travaille de nuit comme correcteur de presse dans un grand journal régional » est la première phrase qui ouvre les dix premiers chapitres comme autant d’essais avortés. Mais le rythme s’affole, la machine se grippe. Un véritable pétage de plomb, que n’explique seul le saturnisme.

Par [une] dernière folle charge, Jean Bernard-Maugiron illustre le testament d’un ouvrier du livre condamné par l’informatisation. Le style naïf et léger des premières pages s’assombrit peu à peu, à mesure que le rire tourne à la gêne. Une belle manipulation du lecteur pour un livre qui cultive l’art rare de la finesse dans la caricature.

CMFG