Dieu n’est même pas mort, Samuel Doux

Lorsqu’Elias Oberer apprend que sa grand-mère est décédée, il éprouve une réelle délivrance. Cette femme tant aimée de son entourage n’a pourtant pas fait l’unanimité au sein de sa famille. En choisissant de se suicider le jour du Yom Kippour, jour du grand pardon, Rose-Marthe Serré voulait une dernière fois marquer cette généalogie juive. Toute la triste histoire familiale a en effet gravité autour de ce personnage central. Le livre raconte le déroulement des obsèques à Poitiers, ville où habitait l’aïeule. Le petit-fils, en prenant part à ce funèbre événement, tient à récupérer à tout prix une bague sertie de diamant que devait lui léguer sa grand-mère, mais ne la trouve pas. Cette obsession le poursuivra tout le long de l’histoire. Celle-ci est d’ailleurs rythmée de récits mettant en scène ses ancêtres. On découvre ainsi que la vie de son arrière grand-père est ternie la guerre, que son grand-père tente de refouler son goût pour les hommes ou encore que sa mère ressent un besoin puissant d’aimer. Plus l’histoire progresse, plus la situation se clarifie sur les circonstances du décès, prémédité avec beaucoup de précaution. De même, les précisions apportées par la mémoire des disparus permettent de préciser la structure familiale. Cet anti-héros, qui s’est laissé porter tout au long de sa vie, cherche désespérément à trouver sa place au sein de cette lignée. La fin de la cérémonie lui apporte cependant des éléments pour se rebondir.

Samuel Doux nous transporte au cœur d’un drame familial, où le poids de la mémoire est lourd à supporter pour le personnage principal. Le décor s’installe progressivement, les pages se tournent et le lecteur se laisse entraîner par la monotonie de l’histoire. Le récit est lent, mais permet de s’imprégner de l’essence généalogique grâce aux épisodes clés des différents membres de la famille. C’est un livre plaisant à lire, dont la simplicité de l’écriture empêche le lecteur de s’arrêter. Il apporte aussi une réflexion sur le devoir de mémoire familiale, qui structure malgré soi notre propre personnalité.

JB