Le Couvre-feu d’Octobre, Lancelot Hamelin

Certaines histoires que l’on voudrait banales, prennent à la lueur des incendies un éclairage jusqu’à là inédit.

Dans la fournaise parisienne des dernières années de l’Algérie française, Octavio va expérimenter les limites de son dévouement envers  une cause et lui-même. Jeune communiste débarqué à la métropole pour suivre ses études, Octavio s’engagera progressivement dans la conquête de l’indépendance et de son ancienne amante, devenue belle-sœur. Avant, dans les deux cas, de trébucher au bord du gouffre.

En croisant les soubresauts de la grande histoire avec ceux de son protagoniste, Lancelot Hamelin applique avec efficacité une recette éprouvée, aux accents évocateurs. Splendeurs de l’Alger disparue, rugosité de la métropole parisienne, amertume de l’issue finale… l’auteur décrit minutieusement l’ambiance d’une période encore imparfaitement couverte par la littérature. Sans manichéisme, ni excès de parti-pris, il montre les atermoiements et les doutes de tous ceux que l’Histoire immortalisera d’un bloc: policier et terroriste, colonialiste et indépendantiste, communiste et poujadiste, frère et amant. Il faut ici rendre un hommage spécifique à la reconstitution de l’atmosphère des baraquements insalubres de Nanterre où, il y à peine 50 ans, survivaient les travailleurs algériens de l’Ile-de-France. Hamelin évoque un peuple d’ombres et de boue, luttant contre des marécages qui l’engloutissent et une Seine qui en charrie les cadavres.

Parfaitement documenté, l’ouvrage est moins ambitieux lorsqu’il en vient à décrire les relations entre Octavio, son frère qui l’héberge et sa femme qui l’obsède. De ce triangle amoureux classique ne sortira rien que de très prévisible, entre ficelles un peu grosses et regrets toujours trop tardifs.

C’est dans l’agonie d’une chambre d’hôpital que s’achève cette histoire, alors que les accords d’Evian vont sceller celle des deux peuples. Le boisseau est mis sur ces “années de braise”, le couvre-feu peut enfin commencer.

RD