Le Meilleur des Jours, Yassaman Montazami

Le Meilleur des Jours est un roman d’initiation, qui commence par une mort : c’est un compte à régler, une enquête, une investigation dans tout ce qu’elle peut avoir de plus profond. La narratrice nous embarque dans une psychanalyse, avec un objectif d’objectivité et d’éclaircissement. Elle la sait pourtant vouée à l’échec, consciente que les cadres de pensée dont elle a hérité ne lui permettront jamais de dépasser une mythologie familiale qui brouille toutes les pistes.

Mais cette lucidité la pousse à la recherche de l’origine, où l’essentiel est la compréhension et l’acceptation de soi. C’est dans ce but que le roman emmène le lecteur en promenade au plus profond des yeux de Behrouz, le père. Le temps prend alors une tournure qu’on ne lui connaissait pas, faite d’allers-retours incessants entre la narratrice et son histoire, doublant ceux entre Paris et Téhéran, entre deux cultures qu’on ne désespère jamais de pouvoir fusionner. Véritable pamphlet contre « le choc de cultures »,  l’œuvre est empreinte d’un humour remarquable, comme si l’ironie et l’auto-dérision étaient autant les armes qui permettraient d’atteindre l’objectif de la narration que celles dont Behrouz a usé pour résister aux régimes iraniens autoritaires successifs. Au delà de la scène champêtre où dans la campagne, Behrouz et ses amis jouissent et jouent du statut d’attraction pour les paysans des alentours, comment ne pas être attendri par la terrible angoisse de la petite fille qui arrive dans une classe composée essentiellement d’enfants à la peau blanche et aux cheveux blonds articulant des sons barbares ? Comment ne pas sourire à la scène géniale dans laquelle la même petite fille qui a depuis un peu grandi, déclare à son père le plus sérieusement du monde qu’elle croit que sa maîtresse bretonne est communiste ?

Œuvre historique, catharsis, ce roman-poème laisse également transparaître toute la richesse de la langue persane au travers du français, instrumentalisé et renouvelé pour chanter ce père adoré. On peut le lire et le relire indéfiniment, et reproduire ainsi un cycle qui lie intimement vie et mort où rien n’est jamais fini, tout comme la thèse de Behrouz qui ne sera jamais achevée, à la fois horizon inatteignable mais sens d’une existence. Le meilleur des jours est celui-là : celui qui ne connait pas la nuit même dans la mort, en construction éternelle.

FT