Les Araignées du Soir, Elsa Flageul

Victor, Violette, Véra : 3 personnages au V triomphant comme pour mieux déjouer le drame latent. Victor aime Véra mais Véra aime Nigel qui est marié à Violette. Ce serait une triangulaire amoureuse assez simple en somme si le personnage de Victor n’était pas là et si l’auteur ne faisait pas cet effort de densification de ses personnages à travers trois chapitres qui leur sont spécialement consacrés. Il est intéressant de constater que ces trois personnages gravitent autour d’une même figure, Nigel, qui ne prendra la parole que lors de l’épilogue afin de compléter cette vérité panoramique d’une même histoire, apportant par là même une caution étrangère à cette construction littéraire jusque-là franco-française. Le point final est en effet posé par cet homme étranger en tous points : étranger par sa nationalité, étranger par son âge face à la jeunesse incarné par Véra et Victor et surtout, étranger à Violette qui s’éloigne imperceptiblement de lui. Si la chute du roman a des allures de déflagration pour les 3 personnages, Nigel est au contraire celui qui se révèle, celui qui parvient à la fin d’une quête et peut enfin se réaliser. Les trois V sont autant de jalons que Nigel aura dû suivre pour pouvoir dire ces derniers mots : « Je vais l’écrire ». C’est finalement l’écriture salvatrice qui triomphe et sublime la douleur.

Cette dernière parole c’est la justification de tout un roman qui s’il n’est pas nouveau par le thème abordé, possède le talent de se faire l’écho du vrai. Les personnages jouent tous un rôle codifié depuis des siècles : l’amoureux transi mais délaissé, la jeune amoureuse éprise d’un homme plus âgé et enfin la femme délaissée, mais l’interprétation est brillante. L’auteur ne juge pas ses personnages, ils suivent chacun le cours de leur vie avec des aspirations différentes. Nous serions d’ailleurs nous lecteurs bien embêtés de dire quel personnage nous semble le plus proche tant ils font tous preuve d’une criante humanité. A la manière d’un kaléidoscope, l’auteur change par trois fois de prisme pour nous livrer une vision contrastée et cathartique des passions humaines et poser en fin de parcours la question du récit, car le mystère reste entier sur quant à comment Nigel va retranscrire leur histoire collective. La vérité n’est jamais unique et seul le regard d’un tiers tel que celui du spectateur permet de réaliser l’impossible synthèse des émotions sans parti pris.

Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu un roman abordant des histoires d’amours toutes simples. Bien m’en a pris car la redécouverte de ce genre sous la plume d’Elsa Flageul fut un agréable moment de plaisir, un de ces plaisirs tout simple mais qui sous des abords de facilité, n’en reste pas moins ancré dans notre mémoire. A lire !

DF