L’homme arrêté, Sébastien Amiel

L’homme arrêté semble dialoguer avec une toile d’Edward Hopper, avec ses scènes statiques, désertées, silencieuses, ses regards perdus, ses atmosphères mélancoliques et angoissées. Dès la première page, le lecteur suit des yeux le regard qu’Adam porte sur une tache d’humidité apparue au plafond de sa chambre, suite à de violents orages. Des taches comme celle-là, il y en a en fait dans toutes les pièces, et elles sont à l’image des blessures d’Adam : le chômage, les difficultés financières, la vie conjugale qui s’effrite comme le plâtre de cette chambre qu’il va falloir « gratter, colmater et repeindre ». Dans ce décor triste, il y a néanmoins la jeunesse vive, allègre et insouciante de Martin, le fils d’Adam et d’Anna. Et puis il y a Vasco, un chien énigmatique, aussi fidèle que vagabond.

Un couple, un enfant et un chien, cela nous rappelle, avec effroi, la très courte nouvelle de Stefan Zweig, Un soupçon légitime. La piste n’est pas absurde : dans les deux histoires, un drame terrible est à venir.

L’homme arrêté est un roman très bien maîtrisé. Tout est lourd, le poids du drame qui couve, comme celui du soleil accablant. L’eau, en concurrence avec l’astre implacable, ne possède aucune vertu apaisante. Elle est associée tantôt à la mort (les inondations ont emporté la vie de jeunes enfants, et les eaux du lac effraient par leur « tranquillité mortelle »), tantôt au fil continu du temps qui passe (l’eau de douches interminables) et qui révèle à Adam qu’il est bel et bien arrêté. Cet homme « mutique, sombre, habité par un intangible sentiment d’étrangeté » va trouver, malgré lui, la manifestation très physique de sa perte de souffle dans un travail de manutentionnaire qui meurtrit son corps.

Le roman de Sébastien Amiel croque un portrait de l’homme contemporain, de plus en plus étranger à lui-même dans un monde hostile. Mais c’est par sa description universelle du malheur, avec lequel chacun essaie « de garder ses distances », qu’il touche à vif notre sensibilité.

AL