Pendant les combats, Sébastien Ménestrier

On a beaucoup écrit sur la Seconde Guerre Mondiale. De là à dire « beaucoup trop », il n’y a qu’un pas qu’on ne franchira pas, surtout après avoir lu l’œuvre hybride de Sébastien Ménestrier, ni tout à fait romancier, ni  tout à fait poète.

Il nous livre une écriture de la pudeur, écho au mutisme de Ménile qui marque toute l’œuvre. On entend les silences, les feuilles qui craquent, la peur et les hésitations. L’auteur les tait pour mieux aiguiser nos sens. Le style à la fois laconique et recherché maintient ceux-ci en état d’alerte. Chaque mot pèse lourd, chaque phrase a sa place. Le déroulement politique de la Seconde Guerre Mondiale est traitée de la même façon, sous-entendu parfois dans les seuls prénoms. Joseph comme Meyer sont des échos de la souffrance du peuple juif, tandis que Ménile et Adrien sont de simples appellations dont on ne sait même pas si elles constituent un prénom, un surnom ou la désignation attribuée au sein d’un réseau de résistance. On n’évoque pas les évènements, on ne parle pas, on agit, on vit.

La difficulté à mettre une étiquette sur cette oeuvre se fait sentir, à mesure que le lecteur découvre la richesse de l’écriture : un caractère théâtral, voire cinématographique prend parfois le dessus. On imagine les plans, les travellings et les zooms,  les postures et les jeux. La forme typographique peut rappeler tout aussi bien un enchaînement de scènes monologues dans une pièce qu’une succession de poème. La figure du couple formé par Ménile et Joseph se réfère à d’autres fameuses : l’intellectuel et la bête de somme, le frêle et l’imposant sont de personnages tutélaires utilisés dans une perspective tragi-comique qu’on retrouve ici. Les différents décors peuvent facilement concus, issus de l’imaginaire collectif. La forêt touffue, le camp, la cabane de Ménile, la maison familiale de Joseph sont autant de lieux, de « mises en situation » dans leur définition sartrienne.

Le style ciselé de Sébastien Ménestrier matérialise la fragilité et la délicatesse de la psychologie humaine. C’est pendant les combats que l’humain se remet au centre dans ses choix. Sartre ne démentirait pas.

FT