Le Roi n’a pas sommeil

Le Roi n’a pas sommeil, de Cécile Coulon

 Le Roi n’a pas sommeil est un roman hanté. Toute sa vie, Thomas Hogan ne trouvera pas la paix en son propre royaume. Une enfance heureuse et simple, que n’aura apparemment pas su troubler la mort de son père, l’entraînera pourtant dans des angoisses indicibles, terrées au fond de lui, et que le silence, plutôt que de les emmurer, n’aura soigneusement conservées que plus vivaces. Ce jeune homme au corps glorieux, mais aux désirs sans cesse frustrés, moins par le monde extérieur que par sa propre rage, se rend régulièrement sur la tombe de son père sans comprendre qu’il ne gît pas ailleurs qu’au fond de lui-même.

       Explorant à demi-mot le travail sournois et tacite de l’hérédité, où le principe de plaisir ne trouve obstacle qu’en lui-même, Cécile Coulon écrit un roman simple et honnête, mais qui aurait peut-être gagné – presque de l’aveu de son auteur – à être un film : quand les images cessent de soulever l’imaginaire profondément terrien des personnages, le style, quelquefois maladroit, fait irrémédiablement songer à une ébauche de scénario – avec gros plans à l’appui -, comme si le récit voulait se conduire lui-même, abandonné par la langue. Cela donne un livre net et juste, intelligent mais sans relief, auquel on ne cesse de sentir que manque quelque chose de plus, un éclat, un soulèvement, une petite folie.

 AS

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Du début à la fin, Cécile Coulon nous raconte la vie de Thomas Hogan, fils d’un ouvrier vivant dans une propriété qu’il a hérité dans une petite ville des Etats-Unis.

Thomas est un type marqué par les blessures du passé, par la mort de son père, sa solitude à l’école. Les gens ne le trouvent pas assez dur pour lavie.

Ces blessures l’empêchent de vivre complètement, et chaque chapitre de sa vie comporte un rebondissement qui le perturbe un peu plus.

Seule sa mère, Mary reste une constante, mais elle tend à s’effacer.

Cécile Coulon signe ici un roman à l’atmosphère très sombre, mais également très prenante. Les protagonistes et leurs histoires sont à la fois très détaillés dans leurs personnalités et ne cessent de se rencontrer et de se séparer, même si Thomas reste l’élément central du récit.

Thomas est relativement asocial, mais le lecteur est en empathie avec lui, et il réussit sans soucis à nous captiver tout au long des pages de ce roman, intense, rapide et efficace.

Cécile Coulon plante un décor intemporel, beau dans sa noirceur, et instaure un monde dans lequel je reviendrai volontiers.

RT

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                Les villages américains n’ont pas finis de faire fonctionner l’imaginaire des écrivains. Leurs ambiances lourdes de suspicion permanente, les vapeurs d’alcool et la sueur des travailleurs, autant d’outils propices à un bon roman sombre et dramatique. Certains s’y cassent les dents et d’autres, comme Cécile Coulon s’en sortent plutôt bien. En choisissant la mesure au lieu de l’accablement, en préférant l’accident de parcours au destin tragique, l’auteure met en évidence avec beaucoup plus de force ce climat délétère, conservateur et si caractéristique des villages perdus dans l’Amérique profonde — celui que l’on se plait à fantasmer en tout cas.

                L’histoire se passe dans une bourgade des Etats-Unis qui vit de sa scierie et du travail du bois. Là, Thomas Hogan grandit avec un père absent, mort d’un accident de travail, et il y grandit bien. Ce n’est ni un loser condamné d’avance, ni une petite frappe. Il réussit bien à l’école et dans la vie. Devient adulte, se mêle aux hommes de la ville en jouant au poker et découvre l’alcool comme tout le monde. Mais dans cet univers de virilité affirmée, il semble quand même déteindre par son silence. Et c’est là que l’auteure frappe un grand coup : c’est par le silence sobre et les non-dits qu’elle nous fait voir les démons qui l’habitent. Sans être un grand héros déchu, Thomas n’en est pas moins rongé par ses propres inquiétudes et son intelligence et son calme ne le mettent pas à l’abris des débordements et des coups de sangs d’un homme simple mais névrosé. Encore moins à l’abris du tragique. Pas un tragique grandiloquent, non. Un accident de la vie, l’étape en trop. Celle qui pourrait arriver à n’importe qui.

                 Toute la sobriété du style, qui ne repose que sur l’énonciation simple et posée d’une suite de faits sans plus de jugement, annonce une nostalgie teintée d’un cynisme nihiliste : puisqu’il n’y pas d’espoir, il ne reste qu’à raconter et comprendre. Mais il y a de l’espoir. Et de la rédemption. L’auteure tord le cou aux clichés du genre qui poussent d’ordinaire à enfoncer toujours plus loin dans la misère et la haine de vivre ceux qui y sont depuis toujours. C’est ici le personnage le plus « normal » qui chute, et ceux au fond qui se relèvent. Ce qui est peut-être plus proche de la vie qu’une vision manichéenne et déterministe de ces ambiances poisseuses qui font la joie des romanciers et des lecteurs.

LdH

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L’histoire d’un enfant maudit, voilà le leitmotiv de ce roman, la vie de Thomas Hogan. Dans une bourgade perdue, complétement indéterminée, sorte de village américain paumé, on nous relate la vie de son père, travailleur acharné au sang trop vif, mais pas mauvais bougre, qui épouse une femme, la cogne un peu, mais bon pas trop fort. Un fils. Une vie de labeur, stoppée par une blessure au travail qui tourne mal. L’adolescence de l’enfant, la peur de la mère qui y reconnaît sans cesse son mari. Toute la vie de Thomas nous est relatée, toujours en miroir de son père, alors que sa vie se déroule sous de tout autres hospices. Bien que ce roman soit plutôt bien écrit, alternant narration hyperréaliste et petites touches pseudo-poétiques, le fond est absolument nauséabond. On nous conte une histoire de malédiction familiale, un éternel recommencement. Si ton père est sanguin et cogne un peu sur ta mère, tu cogneras ta copine, c’est écrit mon enfant ! Sous des couverts naturalistes, ce livre distille insidieusement l’idée que la volonté n’existe pas, que personne ne décide de ses actes. La colère, la bêtise, la violence c’est une affaire de sang, de gènes. Dans un style sympathique, on nous fait l’apologie de l’eugénisme.  Stop ! Une auteure avec une plume déliée, c’est toujours bon à mettre en avant, les idées rétrogrades, on s’en dispensera.

CD