Les Voyages de Daniel Ascher, Déborah Lévy-Bertherat

Premier roman de Déborah Lévy-Bertherat, Les voyages de Daniel Ascher retient notre attention et nous absorbe le temps d’une évasion, nous transporte depuis l’époque moderne jusqu’aux années noires du vingtième siècle, à la découverte du passé enfoui du protagoniste. Ses multiples facettes séduiront les lecteurs de tous âges.

L’intrigue, un brin classique, met en scène des secrets familiaux qui tirent leur origine des déchirures vécues pendant la seconde guerre mondiale. Celles-ci expliquent bien des mystères et trajectoires de vie. Le fil conducteur relativement limpide, mais solide, permet au lecteur de deviner certains éléments de la trame du récit, sans dévoiler complètement toutes les clés du dénouement. Loin de décevoir, celui-ci surprend car assez novateur, inattendu et moderne pour le genre. Le roman, construit sur une succession de courts chapitres et dont l’action, au rythme soutenu, démarre dès les premières pages, tient en haleine au point qu’il en devient difficile d’interrompre sa lecture. La densité et la multiplicité des évènements présentent une certaine complexité et une dynamique remarquable centrées sur l’essentiel, mais sans lourdeur ni débordement. Parfaitement maîtrisée, l’intrique est menée à son terme sans faux pas, sur un chemin tracé avec assurance, avec une articulation des épisodes particulièrement adroite et logique, des liens entre personnages habilement tissés. Figurent dans le texte les ingrédients attendus d’un roman classique, les relations sentimentales, les mystères occultés et délicats des familles, l’arrière-plan historique de poids qui s’immisce dans les vies des personnages.

Dans ce livre élaboré comme un jeu de piste, le lecteur s’adonne à résoudre l’enquête avec plaisir, aux côtés de l’héroïne, et à décrypter les indices qui parsèment les pages. Le suspense fonctionne avec une efficacité incomparable.

L’héroïne, bien que sympathique, reste cependant un peu difficile à cerner. On regretterait presque de ne pas mieux la connaître. Daniel, personnage clé, suscite, à première vue, l’enthousiasme du lecteur, pique sa curiosité et prête à sourire par ses allures d’aventurier solitaire issu de la littérature de jeunesse et se démarque ainsi des autres membres de sa famille plutôt conventionnels. Il prend, au fil de la lecture, plus d’ampleur et de consistance. Il faut attendre la fin pour qu’il se dévoile et se révèle entièrement dans sa complexité.

Un bon livre qui s’adresse à tout public, agréable à la lecture. L’écriture présente un style classique et de grande qualité. A la fois ludique et captivant. Quel dommage qu’il se termine si vite !

LG

C’est l’histoire d’une étudiante, Hélène, « montée » à Paris pour ses études et qui se retrouve logée par son oncle Daniel, mystérieux, voyageur, écrivain de romans d’aventures, qu’elle n’a jamais appréciés – ni l’oncle, ni les livres, faute de les avoir lus -. C’est l’occasion pour elle de partir à la découverte de son passé caché de juif traqué par la police d’occupation. Hélas jamais ne se crée de tension, de danger. Jamais le lecteur n’est happé par cette histoire. On comprend que l’auteur est en train de résoudre ses souvenirs de jeunesse et son histoire familiale tourmentée, on accompagne son exploration de la juiverie et des habitudes à Paris, à New York de ces gens qui n’ont que des prénoms, mais on n’embarque jamais vraiment. L’auteur a-t-elle trop édulcoré ses souvenirs douloureux ? Car l’amour y est faible, les rencontres fugitives, les angoisses superficielles. Il ne se passe pas grand-chose. Heureusement que le rythme poussif s’accélère à la fin du roman, sauvé tant bien que mal par ses trente dernières pages.

PG

Dès les premières pages du roman, une charmante juxtaposition de clichés pose le décor dans lequel le lecteur évoluera pendant un peu moins de 200 pages, sur les traces d’Hélène. Le quotidien de cette héroïne un tantinet fade, étudiante en archéologie tout juste « montée à Paris » afin d’y poursuivre des études d’archéologie, se partage entre le jardin du Luxembourg, où elle accompagne le petit garçon des voisins, l’institut d’archéologie, où elle rencontre Guillaume, échalas à l’âme d’enfant, et la rue Vavin où elle occupe la mansarde sous les toits que se doit d’habiter tout héros artiste digne de ce nom logé à Paris. Guillaume n’échappe pas davantage aux archétypes, puisqu’il incarne l’adolescent resté un éternel enfant qui s’enthousiasme pour un rien. Et s’il est bien un domaine où il fait montre de son énergie candide, c’est quand il s’agit de communiquer sa passion pour la série La Marque noire. Cette succession de romans d’aventure développe les rocambolesques pérégrinations de l’infatigable globe-trotter Ashley Mill.

Dès lors, que dirait Guillaume s’il apprenait que l’auteur de ce feuilleton à succès n’est autre que le frère de la grand-mère paternelle d’Hélène, propriétaire du studio qu’il prête gracieusement à sa petite nièce ? De Daniel Roche (où H.R.Sanders de son nom de plume), Hélène sait peu de choses : il est le plus souvent en vadrouille aux quatre coins du monde pour fournir de la matière à ses romans, et quand il est présent aux repas de famille c’est pour y faire le pitre devant les enfants qu’il régale des récits de ses voyages à grand renforts de mimes. Elle n’est cependant pas désireuse de s’appesantir sur l’histoire de ce frère adoptif de sa grand-mère, juif d’origine, qui l’a toujours mise mal à l’aise du fait de son caractère excentrique. Pourtant, il semblerait qu’elle n’ait pas d’autre choix : cette limpidité apparente cache peut-être des profondeurs plus troubles qui la concernent au plus haut chef…

Voici posé le scénario. Le lecteur averti aura sans doute deviné quelle peut être la suite, et au fur et à mesure que les pages sont tournées, l’intrigue se noue puis se dénoue sans véritable surprise, quoiqu’elle soit parfaitement ficelée sur le plan des rebondissements. A la lecture de ce livre rondement mené, qui montre une maîtrise indéniable de la langue française, une furieusement sentiment de déjà vu étreint le lecteur : l’histoire que Déborah Lévy-Bertherat a choisi d’explorer, il lui semble l’avoir déjà vue ailleurs : les traces indélébiles que la deuxième guerre mondiale a laissé dans les familles. Chacune portant son lot de non-dits douloureux, de jalousies et de haines qu’on a laissé bien soin au temps d’enfouir, sans parvenir à dissiper ce malaise impalpable qui ne s’évapore que lorsque le voile est levé, pour laisser place, parfois, à des vérités dérangeantes. Les amateurs de bande dessinée y verront peut-être un peu de l’excellente série L’Ordre de Cicéron, ou du Dernier des Schoenfeld. Quel dommage…

Malgré tout, les personnages demeurent attachants, notamment Guillaume, le grand gamin, et Daniel Ascher/ Roche, et surtout le roman nous livre une réflexion intéressante sur l’échappatoire que peut représenter la fiction. Daniel Roche, par les pouvoirs insoupçonnés que la plume confère à un auteur, se recrée à travers Ashley Mill une vie alternative, et leurs deux existences se mêlent et se confondent au point que le roman de Deborah Levy-Bertherat se transforme en quête pour faire la part entre les deux alter egos.

En somme, ce premier livre se découvre avec grand plaisir et laisse présager de futurs romans réussis, à condition toutefois que l’histoire soit moins convenue.

BM

Ce roman, ayant a priori sa place dans la bibliothèque verte, n’en est pas moins construit et écrit avec qualité. Les « grosses ficelles » de l’intrigue renvoient au personnage central, dont la complexité est habilement rendue. Il est saisissant, dans un schéma de récit simple, d’être confronté à une description si juste des amours juvéniles, de la relation variable à la famille ou de la difficile acceptation de l’étranger.

 Il est cependant dommageable à une oeuvre de ce type que le dénouement soit si rapidement lisible et des scènes telles que celle au cours de laquelle Hélène comprend le secret de son oncle ne sont pas à la hauteur du reste du roman. Si ce récit est de lecture agréable, il n’est pas incontournable pour autant.

JdS

Christine est une étudiante en archéologie qui loge chez son grand-oncle, Daniel, personnage qu’elle va apprendre à connaître lors de ses études à Paris. C’est un globe-trotter qui écrit des romans d’aventure pour enfants, une série intitulée la Marque Noire. C’était aussi un enfant juif recueilli par la famille de Christine durant l’Occupation.

Au cours de l’histoire elle va mettre au jour des secrets familiaux, découvrir la vie et la famille de son grand-oncle avant son adoption après la Seconde guerre mondiale.

C’est donc une énième histoire liée à cette période, l’intrigue est même un peu éculée, on en devine d’avance la trame. Toutefois, ce roman se lit avec plaisir, il est bien mené. Les livres de la Marque Noire qui émaillent le roman lui donnent même une certaine cohérence.

En fait, il aurait pu être meilleur s’il était plus long. Cela se ressent notamment avec le personnage de Guillaume, un camarade de Christine, dont on a parfois l’impression qu’il sert de prétexte à l’intrigue. Le livre aurait pu gagner en profondeur et en finesse, entre autres en développant la relation entre Christine et Guillaume. Cette relation apparaît bien pâle comparée à celles entre d’autres protagonistes, notamment entre la grand-mère de Christine et Daniel.

CB