Sanderling, Anne Delaflotte

Voilà un vrai roman. Il commence avec le retour d’un paysan normand sur ses terres après un séjour au Groenland, dont il rapporte l’amour des oiseaux en général et des sanderlings en particulier, un œil neuf, la main entreprenante et verte. La description du monde paysan est juste, vivante et ce qui est un tour de force, très plaisante. L’éruption de volcans islandais pulvérisant des monceaux de cendres sur l’Europe vient contraindre la vie, l’économie, l’agriculture. En résultent émigrations, port de masques, renouveau de solidarité, resserrement de la communauté de Belligny pour survivre, intérêt pour l’écologie. On pourrait hurler à l’ennui : nous rebâcher encore les oreilles avec Gaïa ! Mais le ton est juste, car il y a dans l’application cette vieille mesure paysanne et non une doctrine parisienne et idéologue. Ce roman est un Ravage de Barjavel qui se passerait non pas dans un futur lointain mais aujourd’hui, où l’amour de la terre n’a pas encore disparu, et incite à la réflexion sur la vie en société. Cependant, les portes de sorties sont laissées ouvertes : les hommes ne survivent qu’en petites communautés autarciques, y a-t-il incompatibilité entre coexistence pacifique et grand nombre d’humains ?

PG

Sanderling est un roman surprenant. Il débute comme un voyage introspectif : un paysan, après son divorce, trouve, après une tentative de suicide, une forme de paix intérieure à l’autre bout du monde, dans le froid du Groenland, à la rencontre des oiseaux sanderling, de grands migrateurs.

Et puis il revient au pays, et le roman devient une histoire de chair, et une histoire de terre ; il devient un récit du tissu social et historiel d’un petit morceau de la campagne française. Il parle de transition, et de renouveau ; il parle de passation ; il trouve les mots pour retranscrire les maux de ces hommes et de ces femmes, avec élégance, sans condescendance. C’est un beau récit, assuré et tranquille.

Et puis la catastrophe arrive : l’Islande explose, l’éruption est là, et l’Europe est ensevelie sous les cendres et les gaz, et le roman devient une histoire de survie. Il s’agit d’organiser la vie de tout ce petit monde, alors que la nourriture est une question cruciale, car les récoltes ne se font plus ; que le gouvernement disparaît et que l’ordre, en général, s’évanouit… Et tout autant que précédemment, le roman est un récit de personnages : de belles personnes, qui interagissent avec justesse mais sans heurts. On ne lui reprochera sincèrement que de s’accélérer sur les dernières dizaines de pages, se réduisant au passage à une simple narration d’évènements, là où le récit, et c’était là sa force, parvenait à se faire corps dans ce tissu de relations, passées, présentes, tumultueuses.

Il n’y a pas de génie dans Sanderling. C’est un bon travail, rondement mené. Mais les fils sont trop gros et la trame trop visible. Une bonne lecture, qui propose beaucoup – et c’est déjà bien faire – mais de laquelle on ne retire en fait pas grand’chose.

HG

Après un voyage au Groenland, Landry revient dans son village, Belligny, dans le Perche, avec une envie de changement. En fait de changement, l’éruption d’un volcan islandais va bouleverser le monde. Les conséquences du nuage de cendres émis par le volcan sont terribles : l’Europe est plongée dans l’obscurité, subit des étés caniculaires et des hivers glaciaux etc.

Face à cette catastrophe différents comportements seront adoptés par les hommes. Les uns migrent vers des contrées plus clémentes, comme l’Afrique dont le climat devient tempéré, d’autres vont rester.

C’est le cas de Landry et de ses concitoyens qui vont s’organiser face aux évènements, climatiques ou humains, comme l’accueil de réfugiés ou les bandes criminelles qui en profitent pour piller. Ils vont faire preuve de solidarité et d’inventivité. Bien sûr il n’y a pas que des bons comportements, l’auteur nous montre une grande palette d’attitudes.

Cette histoire est centrée sur le monde agricole, Belligny est en effet un village d’agriculteurs, pour lesquels l’environnement est un sujet à la mode mais qui n’est pas abordé sérieusement. Diverses thématiques sont traitées comme le bio, l’agriculture raisonnée, et d’autres formes alternatives de culture. Après la catastrophe, leur attitude face à la nature va progressivement changer.

Les Bellignois ne sont pas les seuls à trouver des solutions, ils restent informés de la situation dans le reste du monde et nous par la même occasion. Les avancées technologiques sont accélérées par la situation grâce à une forte recherche sur ce qui peut améliorer les conditions de vie comme les lampes solaires ou les matériaux. C’est un roman optimiste sur ce point, sur la capacité des hommes à réagir face à une calamité.

Toutefois, certaines inventions sont dérangeantes, comme ces villes sous dôme, qui apparaissent utopiques mais où la vie n’est pas aussi idyllique qu’elle en a l’air.

Ce roman est tout à la fois prenant et fait réfléchir sur la nature et l’agriculture. L’histoire est belle, avec quelques jolies trouvailles, malgré sa naïveté et des personnages assez simples, parfois caricaturaux, ce qui ne nous empêche pas de nous y attacher.

CB